“Jungle trek” à la recherche des orangs-outans de Sumatra

Voilà la jungle, la vraie ! Celle où il n’y a pas de sentier, pas d’aire de pique-nique, mais juste une épaisse intrication de lianes, de branches, de troncs. Celle où l’on n’est autorisé à pénétrer qu’avec un guide, car il s’agit d’un parc national, et de toute façon, seul, on serait irrémédiablement perdu au bout de 10 minutes ! 

Bukit Lawang est un village installé à la lisière du parc national de Gunung Leuser. Pour l’atteindre depuis Medan, la grande ville côtière du nord de Sumatra, on longe pendant des kilomètres et des kilomètres des plantations de palmiers à huile. Comment mieux prendre conscience des menaces qui pèsent sur la forêt indonésienne et ses habitants, au premier rang desquels les orangs-outans ? 

J’ai profité de mon séjour à Bukit Lawang pour réaliser un reportage sur les orangs-outans pour le site internet de l’émission d’Arte Global Mag.

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La « culture » de l’orang-outan

La simple vue du regard réfléchi et des mains d’un orang-outan invite à s’interroger sur la définition de l’humanité. Mais voilà ce qui intrigue plus encore les chercheurs : les orangs-outans sont capables d’apprentissage culturel. Ainsi, certaines populations d’orangs-outans peuvent être très proches génétiquement les unes des autres mais très différentes « culturellement ». Par exemple, ceux qui vivent d’un côté d’une rivière utilisent un outil pour sortir les graines d’un fruit, alors que ceux qui vivent de l’autre côté de la rivière ne le font pas. Au-delà d’obstacles géographiques, les interventions de l’homme dans l’environnement des orangs-outans rendent plus difficile la transmission de ce genre d’innovations et tendent à les raréfier. Ou comment l’être de culture par excellence, l’homme, cause l’appauvrissement de la culture de son cousin roux…

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Lac Toba : bienvenue chez les Batak !

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Depuis Bukkittingi, il faut 15 heures de bus pour atteindre le lac Toba, le plus grand lac volcanique d’Asie du Sud-Est. D’après la  carte de mon guide “Lonely Planet Indonésie”, il semblait que ces 15 heures devaient se dérouler en suivant paisiblement la ligne droite du Trans-Sumatra, une route que j’imaginais aussi large que rectiligne. Que nenni ! Virages, creux et bosses étaient au rendez-vous pendant tout le trajet ! 

Après ces heures de secousses, la petite heure de bateau qui permet d’atteindre la vaste île de Samosir depuis les berges  du lac Toba passe comme un éclair. 

Les infrastructures touristiques (aussi nombreuses que vides lors de mon passage, au mois d’avril) se concentrent sur la péninsule de Tuk Tuk. Il suffit de quitter la péninsule et d’explorer l’île à vélo pour voir disparaître les pensions pour touristes et se retrouver dans de petits bouis-bouis où la femme qui vous sert une assiette de nasi goreng (riz frit, le plat national) ne parle pas un mot d’anglais et pas même indonésien.

Les Bataks étaient anthropophages avant que des missionnaires européens viennent les convertir au christianisme. On peut admirer dans divers points de l’île des vestiges de l’époque où ils vivaient ignorés du monde et frottaient leurs ennemis à l’ail et au piment avant de les décapiter, attachés sur de grosses pierres

Le littoral de l’île est également richement doté en petits autels familiaux, mi-bateaux, mi-maisonnettes, où les Bataks, aujourd’hui encore, honorent leurs ancêtres. Christianisme et culte des ancêtres semblent intimement mêlés, sans antagonisme. 

Les Bataks ont renoncé à déguster de la chair humaine mais certains d’entre eux consomment volontiers de la viande de chien. L’inscription “B1” sur une baraque indique qu’on peut en acheter sur place. “Chien” se dit en effet “biang”, un mot qui ne comporte qu’un B. “B2” désigne la viande de porc, “babi”. Tout en consommant ces deux viandes, les Bataks ne franchissent pas le pas de faire figurer clairement leurs noms sur les menus ! 

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La vallée d’Harau, havre de calme et petit paradis des gibbons

Il faut s’armer de patience pour atteindre avec les transports en commun la vallée d’Harau. Multiples changements de mini-bus aussi bondés les uns que les autres et dernier tronçon parcouru à l’arrière d’une moto -une position très inconfortable quand on est chargé d’un lourd sac à dos- : le trajet était aussi long que fatiguant, mais le miracle était au rendez-vous au bout du chemin.

Imaginez une étroite vallée tapissée de rizières,  coincées entre des falaises de 100 mètres de haut, où règne un calme souverain. Une route unique traverse la vallée -pour s’y enfoncer plus en profondeur, il faut emprunter les minuscules chemins qui serpentent entre les rizières. 

J’y ai logé à Echo Homestay, une pension dont le nom n’est pas usurpé : on le comprend parfaitement lorsque l’appel à la prière retentit dans la vallée et que les “Allah Akbar” sont répétés à l’envi, dans une sorte de canon assez harmonieux. Ma salle de bains à ciel ouvert, juste entourée d’une palissade, me permettait de contempler les gibbons sautant d’arbre en arbre au-dessus de ma tête tout en prenant ma douche. La nuit, le bruissement continue de la jungle et le chant de ses insectes remplaçaient avantageusement celui des motos qui pétaradent, omniprésent dans les villes indonésiennes.

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Saya jalan jalan saja !

Voilà sans aucun doute la phrase que j’ai prononcée le plus souvent au cours de mon séjour en Indonésie. « Saya jalan jalan saja »  signifie « je me promène seulement » (jalan = marcher, jalan jalan = se promener ! L’indonésien est parfois merveilleusement simple !)

En effet, lorsque l’on voyage seul(e) en Indonésie, il faut s’attendre à éveiller une grande curiosité –finalement assez naturelle. Presque partout, je ne pouvais faire quelques pas dans la rue sans que l’on m’interpelle « Dari mana ? Mau ke mana ? » D’où venez-vous ? Où allez-vous ? Connaître quelques mots de la langue nationale et pouvoir répondre « Dari Perancis (de France). Saya jalan jalan saja » suffit pour établir un contact amical et permet de ne pas se sentir agressée par ces questions incessantes.

De même, on est un peu surpris au départ de constater que la première question que posent les Indonésiens est presque toujours « Vous êtes mariée ? Vous avez des enfants ? ». Là encore, aucune indiscrétion, mais juste un désir d’engager la conversation. On s’enquiert ici de la situation familiale d’une personne comme on demande en France «  qu’est-ce que vous faites dans la vie ? »

Photo : un “becak”, ou cyclo-pousse comme on en rencontre partout en Indonésie

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Les Minangkabaus, une société de clans et d’héritières

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Les Minangkabaus, ethnie majoritaire dans la région de Sumatra Ouest, constituent le plus grand groupe matrilinéaire du monde. Tout en étant de pieux musulmans, ils pratiquent un système de propriété et d’héritage qui les distinguent des autres Indonésiens dont ils partagent la foi.

Chez les Minangkabaus, les biens ancestraux (essentiellement maisons et rizières) se transmettent par les femmes. Au moment de l’héritage, les fils obtiennent une part des biens que leurs parents ont acquis  grâce à leur travail commun mais voient leurs sœurs récupérer tous les biens ancestraux de la famille.

Dans cette société de clans, les enfants appartiennent au clan de leur mère et ce n’est pas leur père mais leur oncle maternel qui est consulté pour les décisions importantes pour leur avenir.

Lorsqu’un homme se marie, au lieu de faire venir son épouse sous le toit familial ou elle devra cohabiter avec ses beaux-parents, c’est lui qui s’installe chez sa belle-famille. Il doit accepter de vivre dans une maison qui ne sera jamais la sienne. Ainsi, à l’inverse des nombreuses sociétés dans le monde – par exemple la société indienne – où les femmes qui enfantent des filles se lamentent car avoir une fille équivaut à “cultiver le jardin du voisin”, les Minangkabaus sont contents d’avoir des filles, qui perpétueront le clan et prendront soin d’eux pendant leurs vieux jours. 

Bien sûr, ce système traditionnel connaît de multiples aménagements de nos jours. La plupart des ménages, dès qu’ils en ont les moyens, s’installent dans leur propre maison et beaucoup de Minangkabaus épousent des non-Minangkabaus. Les magnifiques maisons traditionnelles aux toits en forme de cornes de buffles sont souvent jouxtées par une maison moderne, plus confortable, dans laquelle vit la famille, qui se contente de stocker les récoltes dans les bâtiments anciens. 

Néanmoins, la conscience d’une identité minangkabau reste forte et en découvrir les particularismes constitue un des intérêts d’un séjour dans la région.

Malgré les accommodements trouvés par les Minangkabaus  entre leur tradition matrilinéaire et le droit coranique patriarcal, les mosquées sont aussi omniprésentes à Sumatra ouest qu’ailleurs en Indonésie. N’espérez pas échapper au réveil par le muezzin à 4h30 du matin !

Le dimanche matin, vous croiserez sans doute des hommes minangkabau partant à la chasse accompagnés de leurs chiens (voir photo). Un loisir qui les distingue aussi des autres musulmans, qui considèrent les chiens comme impurs.

Lire mon reportage sur les Minangkabau sur le site Rue 89

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Bukittinggi, capitale du pays minangkabau

Attention, coup de cœur !

Bien que chaque jour de mon séjour en Indonésie ait été placé sous le signe de l’émerveillement, le pays minangkabau est la région qui m’a le plus enthousiasmée. Forte identité ethnique et culturelle (voir post précédent), architecture aussi originale que gracieuse, avec ses toits en forme de cornes de buffle, paysages grandioses de lacs volcaniques, de rizières vert fluo et de volcans coiffés de nuages : tout s’accorde pour donner envie de prolonger son séjour dans les environs de Bukittinggi.

Seul bémol, la région semble avoir connu il y a quelques années un afflux important de touristes, qui s’est ensuite tari, sans doute à cause de l’effet conjugué du tsunami, d’un tremblement de terre qui a frappé Padang et des divers attentats ayant frappé l’Indonésie. Résultat, les guides désœuvrés sont légion dans les rues, les guesthouses et les restaurants de Bukittinggi et s’avèrent parfois un peu insistants. Toutefois, à chaque fois que j’ai eu recours aux services de l’un d’entre eux –que ce soit pour partir en moto à la découverte des plus belles maisons minangkabau dispersées dans les campagnes ou pour entreprendre l’ascension du volcan Merapi- j’ai été ravie de la précision des informations fournies et de la gentillesse du guide.

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Cap au nord-ouest !

Après 10 jours à Java – une durée certes ridiculement courte, mais ce voyage n’est qu’une introduction aux réalités indonésiennes -, je m’envole pour Sumatra, à bord d’un avion Garuda, la compagnie nationale indonésienne. Bien que l’Union européenne ait enlevé de sa liste noire cette compagnie aérienne, je ne peux pas m’empêcher d’avoir un petit frisson en montant dans l’étroit appareil, qui ne m’inspire qu’une demi-confiance. Mais bientôt, la beauté des côtes de Sumatra, scrutées depuis le ciel, me fait oublier toute autre considération. 

Au revoir, Java, ses courtes distances et ses fortes densités de population, bonjour (“selamat pagi / siang / sore / malam”, selon l’heure du jour !) Sumatra, ses 50 habitants au km², ses immenses étendues de jungle (et de plantations de palmiers à huile…), ses orangs-outans. Changement de dimension, changement d’univers. 

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