La maison du peintre Affandi, une parenthèse poétique

A Jogjakarta, au-delà des (très intéressantes mais prévisibles) visites du palais du sultan et spectacles de marionnettes, j’ai beaucoup apprécié la découverte du musée Affandi, aménagé dans la maison de l’artiste. C’est un lieu profondément imprégné de son esthétique et de son mode de vie, comme peut l’être Giverny pour Monet, quoique dans un style très différent.

J’ai découvert les beaux autoportraits d’Affandi, sa patte si particulière, mais aussi la roulotte aménagée en salle de prière et l’architecture originale des bâtiments, mélange éminemment personnel de maisons des Schtroumfs, champignons, minarets, bunkers et chalets.  Une parenthèse poétique au coeur de la ville.

Posted in lieux | Tagged , , , | Leave a comment

Sur les traces de Bouddha et Shiva

Les environs de “Jogja” (comme les habitants appellent tendrement Jogjakarta) regorgent de sites témoignant de l’histoire mouvementée de Java. Ainsi de l’immense temple bouddhiste de Borobudur, oublié des hommes pendant 1.000 ans avant d’être redécouvert et classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Ainsi du complexe de temples hindous de Prambanan. Ces deux sites rappellent que l’Indonésie vécut pendant des siècles sous l’influence culturelle et spirituelle de l’Inde.

Pour atteindre ces sites, j’ai traversé en bus des zones encore recouvertes des cendres du volcan Merapi, tout proche, entré en éruption l’automne dernier : rivières grises, campagnes grises, maisons grises… Des pelleteuses tentaient de dégager des bâtiments encore cachés sous une masse impressionnante de cendres.  Dur retour à la réalité au milieu de l’émerveillement des découvertes touristiques. En Indonésie, la nature si belle, si luxuriante, si contrastée, est aussi un monstre capricieux qui dévore ou engloutit ses enfants à intervalles réguliers…

This slideshow requires JavaScript.

Posted in lieux | Tagged , , , , | Leave a comment

Culture et architecture à Jogjakarta

Après 7 heures de train entre Bandung et Jogjakarta, me voilà arrivée dans la capitale culturelle de Java, qui fait office de conservatoire des arts traditionnels javanais (musique gamelan, spectacles de marionnettes en bois, théâtre d’ombre…). “Selamat jalan” (au revoir) les paysages vallonnés et la culture soundanaise de l’ouest de Java : ici, on parle javanais et les paysages du centre de l’île contrastent avec ceux de l’ouest par leur platitude. 

Le palais du kraton, où réside encore le sultan de Jogjakarta, constitue depuis toujours le coeur de la ville. On se prend à rêver à la vie de cour, entourée d’une myriade de serviteurs, en contemplant l’aile où réside la famille du souverain…

This slideshow requires JavaScript.

Posted in lieux | Tagged , , | Leave a comment

Cianjur, au coeur du pays soundanais

This slideshow requires JavaScript.

Cianjur est réputé pour son riz de qualité. Toute proche de Jakarta (3 heures de bus quand même, mais peu de kilomètres !), la ville est toutefois logée au milieu de collines couvertes de rizières en terrasses. Moi qui m’attendais à ce que la totalité de l’île de Java ressemble à une fourmilière (la densité moyenne y est de 500 habitants au km²), j’ai été heureusement surprise par la découverte de cette zone où on peut se perdre dans les petites chemins montant vers des villages isolés et oublier le vacarme des motos.

En outre, Cianjur n’est pas du tout touristique, ce qui en fait une étape intéressante pour des “backpackers” en quête d’authenticité avant les foules de touristes de Borobudur et de Bali. Ils se retrouveront ici au coeur du pays soundanais. Difficile de faire comprendre à ses accueillants habitants, fiers de leur culture, qu’il est déjà difficile d’apprendre des mots en indonésien (la “lingua franca” de l’archipel) et qu’on n’a pas envie de se farcir la tête avec la langue soundanaise en plus ! 

Pour découvrir Cianjur et les environs, rien de tel que Cianjur adventures, un projet d’hébergement chez l’habitant qui met à la disposition des hôtes de formidables guides locaux connaissant les environs comme leur poche.

J’ai aussi profité de mon séjour à Cianjur pour réaliser un petit reportage sur le recyclage du plastique, dont la ville s’est fait une spécialité.

Posted in lieux | Leave a comment

Jakarta : le bruit, la fureur et… les musées

Toutes mes connaissances ayant eu l’occasion de passer par Jakarta m’avaient conseillé de fuir comme la peste cette ville congestionnée, bruyante et sans attrait. Par esprit de contradiction -ou par conviction qu’une si grande ville contient forcément des recoins dignes d’intérêts-, j’ai choisi d’y passer quelques jours.

Alors, OUI, Jakarta est une mégalopole tentaculaire, polluée, où les embouteillages sont une véritable plaie et les bâtiments d’intérêt historique ne sautent pas aux yeux. Pourtant, j’ai apprécié de flâner dans le quartier colonial de Kota, où le canal, le port, la tour de garde et l’ancien palais du gouverneur permettent de voyager dans l’époque où les Hollandais étaient maîtres de l’archipel -et suffoquaient dans la chaleur équatoriale.

Autre attrait de Jakarta, le musée national, dont la section ethnographique fait découvrir rites, costumes et maisons de l’archipel, et voyager du nord de Sumatra, terre des Bataks, à la Papouasie occidentale, en passant par les Célèbes, les Moluques et Bornéo. Une excellente introduction à la diversité ethno-culturelle de ce pays-continent. 

This slideshow requires JavaScript.

Posted in lieux | Tagged , , | Leave a comment

Java au Quai Branly

Qu’ai-je vu ce soir ? Un ballet, un opéra, une pièce de théâtre, un spectacle de marionnettes, un concert, une représentation de cirque, un spectacle d’arts martiaux ?

Un peu tout cela à la fois. Le musée du Quai Branly, à Paris, proposait « Opéra Java, variation javanaise sur le Ramayana », mis en scène par le cinéaste indonésien Garin Nugroho.

Le spectacle racontait l’enlèvement de Sita par le géant Rahwana, un épisode central du Ramayana, grande épopée fondatrice de la mythologie hindoue.

Avec une grâce infinie l’actrice/danseuse/chanteuse qui interprétait Sita donnait à voir l’ambiguïté de cet enlèvement, mélange de violente capture et de reddition volontaire de Sita, attirée par l’inconnu, fascinée par la nouveauté incarnée par Rahwana, qui vient bouleverser la monotonie de sa vie de femme mariée.

L’enlèvement de la princesse entraîne une guerre sanglante, à l’issue de laquelle Rahwana est tué. Pour suggérer le déchaînement de la violence, les danseurs de la troupe se métamorphosaient parfois en un instant d’êtres humains en serpents ou tigres feulant, toutes griffes dehors -sans changement de costume, par le simple miracle de l’expressivité et de la souplesse de leurs corps. Ainsi traçaient-ils le portrait d’une civilisation javanaise où le raffinement le plus absolu n’oublie pas la sauvagerie de la jungle toute proche.

Les rythmes envoûtants, parfois lancinants de la musique de l’orchestre gamelan, accompagnaient le récit. Voix d’hommes et de femmes se relayaient pour raconter cette histoire de jalousie et de mort, à l’universalité d’autant plus frappante que la musique, les costumes et les mouvements des danseurs représentaient un dépaysement total pour des yeux et des oreilles d’Occidentaux.

Posted in Arts | Tagged , , , | Leave a comment

Le snobisme de l’aventure

Gabrielle Wittkop avait l’esprit d’aventure un rien snob. Un snobisme du bon goût, consistant à vouloir parcourir l’Asie dans les pas de Joseph Conrad et d’autres illustres voyageurs des temps passés, plutôt que dans le sillage des hordes de touristes qui déferlent sur Bali ou les plages de Thaïlande.

A travers la publication à titre posthume de ses Carnets d’Asie, les éditions Verticales nous offrent la chance d’embarquer pour l’Insulinde des années 1970 et 1980 avec cette iconoclaste, décédée en 2002.

Professant un dédain infini pour Bali et les autres enclaves à touristes, cette journaliste au Frankfurter Allgemeine Zeitung n’aime rien tant que se fourrer dans les recoins les plus dangereux et inaccessibles de cette immense région, qui en compte une infinité.

Ne se séparant jamais de son flacon de whisky, elle parcourt la jungle de Bornéo, faisant fi des sangsues, des mygales, des moustiques et autres accueillants insectes qui pullulent dans cet environnement, un des plus hostiles à l’homme qui soit sur terre.

Au grand dam des autorités thaïlandaises, elle explore la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie où se cachent les rebelles karen, avant d’aller crapahuter sur l’île indonésienne de Komodo, à une époque où les dangereux dragons -tueurs d’humains à leurs heures- ne sont pas encore devenus une attraction touristique.

Dans les salons des plus grands hôtels, au charme suranné, de Singapour ou de Bangkok, aussi à son aise que dans la jungle, elle tutoie les fantômes de gentlemen depuis longtemps disparus.

Partout, elle gagne le respect et la confiance de membres d’ethnies reculées et témoigne par ses écrits de leur mode de vie en voie de disparition. Ainsi chez les Iban chasseurs de têtes de Bornéo, vivant dans de longues maisons communautaires sur pilotis et dont les mythes tombent dans l’oubli à mesure qu’il devient plus important pour leur survie de gagner à leur cause l’agent du cadastre que les esprits de la forêt…

Usant et abusant des mots rares et des mots en langues locales, Gabrielle Wittkop court parfois le risque de brouiller la compréhension de son récit. Mais si elle semble plus soucieuse de revivre ses voyages par l’écriture que de les faire partager au plus grand nombre, elle emporte pourtant le lecteur dans un tourbillon de dépaysement très intense, qui sollicite tous les sens. Elle excelle à décrire les couchers de soleil sur l’Indonésie (« follement brossé par les cocotiers, le ciel qui, tout à l’heure encore, était gris et rose comme un ventre de souris, vire au soufre puis au rouge bordeaux ») et la moiteur de l’air, saturé d’humidité, qui lui donne l’impression qu’on lui presse en permanence une éponge trempée sur le visage.

Un livre qui prouve, si besoin était, que l’on peut être raffiné et aimer descendre en pirogue des rapides aux eaux fangeuses, être un(e) dandy et apprécier de quitter la tiédeur des salons pour bourlinguer dans la boue. Un livre à s’offrir, mais à ne surtout pas faire lire à votre mère ou à votre moitié avant votre départ pour un voyage solitaire en Asie du sud-est !

Posted in livres | Tagged , , , | Leave a comment